04/01/2007

La fée clochette

Tout avait commencé la nuit qui précèdait.


Je rentrais seule, j’étais encore restée tard au travail. Puisque personne ne m’attendait, je n’avais aucune raison de me hâter.
La semaine, ma famille et mes amis avaient leurs occupations. Leurs soirées filaient. Le temps passait vite, disaient-ils. Mes soirées à moi s’éternisaient. Devant la télé je zappais de chaîne en chaîne. Je prenais un livre, lisais une dizaine de pages sans pouvoir me souvenir du contenu, et puis, je baillais. Je m’ennuyais ferme. Je n’avais personne à qui parler, personne à qui raconter mes journées.

 

Le week-end, je débordais d’énergie : ne pas oublier de passer chez papy et mamy dire bonjour, aller faire les courses pour la semaine, voir un film avec untel, passer la soirée avec unetelle. Ensuite, le lundi arrivait, et je me retrouvais à nouveau seule. Il ne me restait plus alors que le travail. Vers dix-sept heures, certains se dépêchaient de terminer un dossier ou écourtaient une réunion pour rentrer chez eux au plus vite, moi je ne me pressais pas.

 

Et cette journée-ci s’achevait pareille aux autres, mes collègues ayant depuis longtemps déserté les bureaux, je restais la dernière, les yeux rivés sur mon écran d’ordinateur.

 

Encore quelques lettres à taper…mes doigts pianotaient avec fièvre sur le clavier tandis que mon imagination, elle s’évadait. .. Dans mes rêves, je n’étais plus seule, « il » était le compagnon de mes nuits ou de mes jours, et chaque instants passés ensemble étaient synonyme de bonheur. Je vivais une autre vie, beaucoup plus animée.. .

 

Mes songes furent brusquement interrompus, lorsque j’entendis du bruit dans le couloir.

— Voilà les femmes de ménage qui finissent leurs journées, pensai-je. Il fallait donc que moi aussi je regagne mon « chez-moi ».


Dehors l’air vivifiant me piqua le visage, la température s’était nettement rafraîchie. Je remontai prestement le col de mon manteau.. Seulement deux kilomètres me séparaient de mon appartement, je décidais de les parcourir à pied, marchant à vive allure, tenant fermement mes clés coincées entre mes doigts. Les lieux n’étaient habituellement pas mal famés, mais mes pensées m’emportaient cette fois-ci vers d’autres rêvasseries beaucoup moins réjouissantes.

 

C’était une nuit de pleine lune, une de ces nuits ou bien des choses peuvent arriver. Je repensais à toutes ces histoires colportées de bouche à oreille, les unes racontant les bouleversements que la lune pouvait avoir sur le comportement des gens, décuplant leurs instincts agressifs, les autres relatant des légendes beaucoup plus fantasques, comme celles des gens qui se métamorphosaient soudain en loups-garous. L’obscurité, l’absence d’autres personnes dans les rues, le silence rompu uniquement par le bruit de mes talons qui claquaient sur le bitume. Toutes ces choses ajoutaient encore plus à mon angoisse.

 

S’il m’arrivait quelque-chose, imaginais-je. Qui s’inquièterait de ne pas me voir rentrer ? Combien de temps faudrait-il avant qu’une personne ne s’informe de mon absence ? J’étais bien incapable de répondre à ces questions.

 

Arrivée dans l’allée qui menait vers mon immeuble, je me sentis plus rassérénée. Avant de pousser la porte vitrée, je levai les yeux une dernière fois pour admirer le ciel et la lune toute en rondeur. J’eus soudain un étrange pressentiment. Je percevais comme une présence, comme s’il y avait quelqu’un qui se tenait caché derrière la haie et guettait le moment propice pour me sauter dessus. J’étais morte de peur et je m’apprêtais à hurler lorsque j’entendis… un miaulement. Le cri provenait de derrière les buissons.

— Minou, minou, minou… appelai-je.

Le félin n’attendit pas son reste et accourut vers moi. C’était la chatte de mon voisin.
Celui-ci avait emménagé dans l’appartement situé au rez-de-chaussée, plusieurs mois plus tôt. Hormis la compagnie de ce petit animal, il vivait seul lui aussi. Je ne connaissais pas grand chose de lui. Il nous arrivait de nous croiser, mais notre relation s’était jusqu’à présent limitée aux courtoisies d’usage entre simple voisins. Je maudissais bien sûr ma timidité, car l’homme me plaisait beaucoup, c’était son image qui hantait mes rêves A chacune de nos rencontres la même situation se reproduisait. Mon cœur s’emballait, m’enjoignait de foncer tandis que mon corps, lui, restait figé sur place. Mon esprit élaborait de brillantes conversations, mais les mots restaient coincés au fond de ma gorge.

J’avais par contre amplement fait connaissance avec son chat, qui m’avait acceptée dès le premier jour. La bête m’accueillait toujours à grand renfort de ronrons.

J’aimais beaucoup les animaux. Avec mon emploi du temps actuel, je ne me voyais pourtant pas en posséder un. Je câlinais donc Belle lorsque celle-ci croisait mon chemin.

Ce soir-là, elle vint se frotter contre mon pantalon. Je me baissai et la caressai derrière les oreilles.
— Que fais-tu dehors à cette heure ? Ton maître n’est pas encore rentré ? Tu aimes mes caresses, hein, Belle…. Quelle chance tu as, lui lançai-je. Comme j’aimerais être à ta place … me faire câliner par lui toute la journée ! Tu n’aimerais pas changer de vie avec moi ?

J’avais pris sa petite tête entre mes mains. L’animal me regardait lui aussi tandis que je lui adressais ce message.

C’est alors qu’un gros nuage passa devant la lune. Dans l’obscurité la plus complète, je ne distinguais plus que deux petits yeux jaunes qui me fixaient intensément. Je ne pouvais plus en détacher mon regard, et je me sentis peu à peu sombrer comme dans un puits sans fond.

A mon réveil, des images me revinrent en mémoire, mais il m’était cependant impossible de savoir si celles-ci étaient réelles ou si je les avais tout simplement imaginées. Je me levai, bondissant hors du lit. En apercevant mon reflet dans un grand miroir sur pied, je fis volte-face pour m’en approcher. C’est là que je me vis.

 

Une petite tête ronde, des oreilles pointues, un corps recouvert d’une épaisse fourrure de poils. Un chat…euh une chatte pour être plus précise. Je reconnaissais naturellement l’animal, j’étais « Belle », la chatte de mon voisin.

— Se pouvait-il que nous ayons, elle et moi, interverti nos rôles ? Que s’était t’il donc passé ? Je me rappelais l’avoir rencontrée, lui avoir parlé…puis plus rien. Et cette chambre ? Ce n’était pas la mienne. « Mais ou suis-je », miaulai-je soudain.

— Oui, oui. Je sais c’est l’heure. Je vais te nourrir. Ne sois pas si pressée me répondit une voix. Un peu de patience moi non plus je n’ai pas encore mangé.

— « Mais, mais c’est lui. C’est sa voix. Je la reconnaîtrais entre mille. Je suis ici chez lui. Me voici chatte et elle sans doute doit être moi. Miaou miaou. »

— Oui ma Belle, dit-il en me caressant l’échine.

Tandis qu’il ouvrait la boite et me servait, je frottai sensuellement mon dos contre sa jambe, mélangeant de la sorte nos deux effluves. Une autre odeur plus intense me chatouilla les narines, mon nez frétillait. Trop affamée pour jouer la difficile, je fis donc un sort aux bouchées de la terrine royale.

Repue, je fis ma toilette. Ma langue râpeuse se promenait méthodiquement sur chaque parcelle de mon corps.

— « Quel lever de pattes » pensai-je. « Une vraie contorsionniste. » Moi qui ne faisais preuve d’aucune souplesse habituellement, j’étirais maintenant mes membres sans aucun effort.  

Pendant mes ablutions, mon maître était sorti. J’errais donc seule désormais dans la maison, découvrant les pièces l’une après l’autre. La petite clochette qui pendait à mon cou rythmait le moindre de mes mouvements. Je bondissais, sautais, courrais…et avec quelle agilité. Et hop ! sur l’armoire…et zouh ! un saut sur le lit. Maintenant sur l’appui fenêtre. Ma queue en panache me servait de balancier pour équilibrer mon poids. Mes coussinets amortissaient ma chute sur le tapis.

Bzz bzz. Soudain, un vrombissement m’arrêta en plein élan. Une mouche. La vilaine bête allait me gâcher mon plaisir. Je me tins immobile, mes yeux félins fixant l’insecte dans sa danse. J’attendis le moment opportun, et d’un coup de gueule j’achevai la malheureuse.

Fatiguée tout à coup, je me couchai près de la fenêtre. J'allongeai mes longues pattes et m’endormis, profitant des rayons du soleil qui me réchauffaient à travers les rideaux.
— « Mmhh c’est bon. Ron ron ron ron. »

Mon maître revint en fin de journée, rompu de fatigue. Après avoir mangé, il se rendit directement dans sa chambre et s’allongea. Je me lovai tout contre lui. Ses doigts coururent alors sur tout mon corps, s’enfouissant profondément dans ma fourrure. Il me caressa de longues minutes durant lesquelles je crus connaître l’extase. Plus tard, tandis qu’il dormait, je contemplais son visage. Je savourais mon bonheur d’être là à ses côtés.

Le lendemain, je constatai que j’avais repris mon apparence normale.
— M’étais-je imaginé tout cela ? Belle vint me saluer comme chaque matin. Je la regardai ce jour-là d’un autre œil. Je ne remarquai cependant rien de particulier. Et la vie reprit son cours.

Quelques jours plus tard, je rencontrai mon voisin. Je l’avais brièvement salué et je m’apprêtais à rejoindre ma voiture tout en me maudissant intérieurement pour ne pas avoir su profiter de cette énième occasion, lorsque celui-ci m’interpella.

— Mademoiselle, mademoiselle.
Je me retournai vers lui.

— Vous avez fait tomber ceci, dit-il en me tendant une enveloppe.

Je m’avançai, sans un mot.

— Ça alors dit-il le sourire aux lèvres. Comme c’est étrange ! Il me semblait bien avoir reconnu ce petit bruit poursuivit-il en me désignant.

Et seulement alors, je découvris la petite clochette qui tintait à mon cou.

 

Belle apparut à cet instant, comme répondant à mon appel. Ignorant royalement son maître, elle se dirigea tout droit vers moi en ronronnant. Je m’accroupis pour la câliner.

 

— Vous aimez les chats, cela se voit. On dirait que Belle vous a déjà adopté, dit-il dans mon dos.

 

Je souris, profitant de l’aubaine pour engager la conversation avec lui. La chatte s’assit à nos pieds, paraissant ne pas vouloir perdre une seule miette de notre échange. Elle nous toisait à tour de rôle. Il me sembla même avoir vu un de ses yeux m’adresser comme un clin d’œil complice…

17:44 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : nouvelle, chat, clochette |  Facebook |

03/01/2007

L'ascenceur

Vous ne prenez pas l’ascenseur ?

Vous n’imaginez pas le nombre de fois que j’ai déjà entendu prononcer cette phrase depuis bientôt 2 ans. Depuis ce fameux jour.  A croire que plus personne ne fait le moindre effort, je passe aux yeux des uns pour une personne souffrant de claustrophobie, les  autres m’imaginant sans doute en sportive accomplie effectuant un simple exercice matinal. Ils sont bien loin de soupçonner la réalité. C’est vrai qu’il en faut du courage et de l’énergie pour gravir ces étages, mais moi je préfère monter à pied, que ce soit au dixième ou trentième étage, peut m’importe. Même si je dois arriver la respiration haletante, le corps en nage, jamais plus je ne remettrai les pieds dans cette cage à homme, rien que cette pensée me terrifie.  Ce que j’y ai vécu à laisser des traces, une peur panique qui me gagne rien qu’à sa simple évocation. Je sais que j’ai besoin d’aide, je ne m’en sortirai pas seule, trop de mes nuits sont peuplées de cauchemars où je me réveille en sueur, le cœur parti dans une course folle. Je m’assois sur le lit, parcourant  lentement du regard la pièce, je suis sur le qui-vive, m’attendant à chaque instant à le voir surgir d’un recoin sombre. Dans chaque ombre j’imagine sa silhouette tapie dans l’obscurité attendant le moment propice pour me faire du mal. Durant de longues minutes,  je reste tétanisée par la peur.  Le moindre bruit me faisant sursauter, je sens comme une  présence malveillante. Ces nuits là je ne me rendormirai que bien plus tard, peu avant l’heure du réveil, épuisée d’avoir monté la garde.

Il faudrait que je m’éloigne, que je parte loin d’ici, dans une autre ville ou un autre pays, sans prévenir.

Que personne ne sache ou je suis, changer d’identité aussi pour qu’il ne puisse jamais me retrouver. J’échafaude dans ma tête des plans pour lui échapper, évaluant des possibilités que je repousse une à une. Je souhaiterais mettre le plus de distance entre nous, le plus de kilomètres.  Je n’ai pas encore choisi l’endroit, c’est une décision difficile, il y a  tant et tant de choses à prendre en compte. C’est dur parce que je ne peux rien retranscrire, j’aurais trop peur qu’il me démasque. J’ai l’impression qu’il épie mes moindres faits et gestes. Je sais qu’à tout moment, il pourrait intervenir et anéantir tous mes espoirs d’évasion. Tout cela nécessite beaucoup de temps, d’énergie et  d’argent. Depuis 2 ans je me limite donc au strict minimum, fini pour moi les sorties et achats inutiles, j’ai besoin de cet argent pour m’enfuir. Je pourrais vendre la maison mais il s’en apercevrait. La  meilleure façon pour moi de récolter des fonds c’est  de restreindre mes dépenses. Je ne m’alimente désormais plus que de pain et de soupe, j’ai fait couper l’électricité et le chauffage, plus de téléphone, je vis dans la sobriété la plus  totale. Et puis d’ailleurs à quoi pourrais-je bien vouloir dépenser mon argent, je n’ai plus goût à rien, je n’ai plus qu’une seule obsession, en finir avec tout cela. Peu après mon agression, des amis  ont  essayé pendant quelques temps de garder contact avec moi, m’invitant pour une sortie et demandant de mes nouvelles. Je n’ai pas répondu à leurs appels, peu à peu ils ont  cessé de s’inquiéter de moi, et je suis restée seule. Il le fallait, je ne pouvais pas les mettre dans la confidence, cela aurait été risqué leur vie à eux aussi. Je n’ai donc jamais parlé de ceci à quiconque. Au fond de moi je sens bien que toute fuite est inutile. Il me retrouvera tôt ou tard, je ne ferai que retarder le moment de nos retrouvailles. J’ai compris qu’il valait  sans doute mieux pour moi que je reste en terrain connu, que je me prépare plutôt à sa venue. Il faudra que je sois forte, que je ne laisse pas la panique me gagner ce n’est que comme cela que je pourrai me débarrasser de lui, définitivement.

Je suis fatiguée, je suis si fatiguée docteur. Il y a tellement longtemps que je n’ai plus dormi une nuit complète.  Je n’aurais pas du vous parler de tout cela, vous êtes en danger maintenant vous aussi. Pardonnez--moi docteur, pardonnez-moi.

-         Rassurez vous dit le médecin en s’approchant doucement,  j’ai fait appel à la police, un inspecteur est  actuellement derrière cette porte et fait le guet. Ne vous inquiétez pas, nous allons nous occuper de vous, vous n’avez  plus rien à craindre. L’infirmière va venir vous administrer un léger sédatif. Il faut que vous vous reposiez. Nous reparlerons de tout ceci demain.

A peine sorti de la pièce, le médecin rejoignit l’inspecteur.

-         Alors docteur, qu’en pensez-vous ?

-         Difficile pour l’instant d’émettre une opinion. Elle me paraît fort perturbée. Elle parle d’une agression subie il y a 2 ans sans pour autant donner de détail.  Le traumatisme semble avoir été important. Depuis, elle s’est complètement repliée sur elle-même, ce qui l’a sans aucun doute encore plus embrouillée, alimentant ainsi sa psychose.  Elle n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé hier. J’aimerais bien savoir ce qui s’est passé. Racontez-moi donc ce qui a déclenché cette crise ?

-         C’est justement ce que nous cherchons à savoir, elle et la victime se connaissaient à peine. Ils s’étaient d’ailleurs rencontrés la première fois dans des conditions similaires. L’immeuble ou ils travaillent  fait partie d’un énorme complexe, sous loué à diverses sociétés. Ils travaillaient pour un autre employeur, leurs bureaux se trouvant à des étages différents. La victime, Félix  Duprez venait d’être engagé la semaine précédant leur première rencontre. C’était un vendredi soir dans le courant du mois d’août, tous deux étaient restés travailler plus tard pour  rattraper le retard dû au manque d’effectif pendant les vacances. Ils se sont retrouvés vers 22 h 30 dans l’ascenseur au seizième étage, étage où travaille M. Duprez. C’est quelques secondes plus tard qu’a eu lieu la panne. Coincé durant plus de 2 heures, le temps que le service de dépannage, lui aussi en manque de personnel, ne vienne les libérer.  Il dit avoir tenté de la calmer, elle était complètement paniquée et n’arrêtait pas de crier. Ce fût un calvaire pour elle comme pour lui. Lorsqu’ils ont enfin réussi à descendre,  elle s’est sauvée comme une folle en marmonnant des paroles incompréhensibles. J’ai interrogé plusieurs de ses collègues, ils n’étaient pas au courant de l’incident,  ils savaient qu’elle souffrait de claustrophobie mais étant donné qu’elle travaillait au vingt-troisième étage, c’était presque impossible de ne pas utiliser l’ascenseur.  Elle avait noué contact avec quelques collègues mais apparemment du jour au lendemain elle n’a plus répondu à leurs appels,  au bout d’un certain temps les gens se sont lassés. Elle ne venait plus ici que pour le travail et n’adressait plus la parole à personne. Ce qui est certain, c’est qu’ils ne s’étaient plus revus depuis ce jour là. Hier hélas, les choses ont mal tourné pour la victime. Ses jours ne sont  heureusement plus en danger. Il s’en sort  bien finalement, le couteau est passé à quelques centimètres seulement du cœur.

-         Il y a quand même quelque chose que je ne m’explique pas inspecteur. Pourquoi quelqu’un souffrant d’une phobie comme la sienne et ayant vécu ce traumatisme, a t’elle utilisé l’ascenseur ?

-         Elle n’a pas eu d’autre choix. Le concierge m’a dit qu’elle avait tourné plus d’une demi-heure dans le hall avant de se décider à monter, c’est à ce moment là que la victime est entrée précipitamment juste avant la fermeture des portes, il était en retard. Ce jour là des ouvriers étaient occupés de repeindre la cage d’escalier, un échafaudage en condamnait l’accès.

 

                                                                              

08:16 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nouvelle, claustrophobie, ascenceur, folie |  Facebook |

21/12/2006

La complainte de l'ordi

Je dors… Enfin, je dirais plutôt que je suis en mode veille.

La nuit a été longue. Des pages et des pages à décrypter, des chiffres innombrables à additionner et toujours à la vitesse éclair de mes puissants mégahertz.

Ah, si seulement elle pouvait se rendre compte de mon intelligence. C’est qu’il en faut des gigabits pour assimiler toutes ces données. Mais elle trouve tout ceci normal.

Elle pianote furieusement sur mon clavier, souhaitant une réaction presque immédiate à sa demande. Il me faut pendant ce temps rechercher des données parmi des millions et des millions de fichiers mis en ligne sur le net.

Vite, plus vite me crie t’elle. Je suis pressée, je n’ai pas le temps. Ce qu’elle peut être impatiente ma petite maîtresse, car croyez le ou non malgré la super mémoire de ma carte mère c’est bien elle qui décide de tout.

Ca fait bientôt 5 ans que l’on se côtoie jour après jour. Nous nous sommes rencontrés dans un supermarché. Elle n’avait que 11 ans et était accompagnée de ses parents. Elle venait chercher son cadeau d’anniversaire…et regardait avec des yeux émerveillés tout ces ordinateurs parmi lesquels je me trouvais. Vous auriez vu l’admiration qu’elle me portait alors, le plaisir évident avec lequel elle me choisit. Plaisir partagé bien entendu, j’étais moi aussi tout jeune à l’époque, à peine sorti de l’usine, mes circuits imprimés n’attendaient qu’une pression sur ma touche on pour se mettre en action.

Arrivé à la maison, à peine déballé et branché nous nous mîmes au travail. J’appris en même temps qu’elle, bien que mon intelligence ne soit beaucoup plus développée que la sienne, je fus surpris de voir avec quelle aisance la petite se débrouillait, se perfectionnant de jour en jour. C’est avec seulement un doigt alors qu’elle me commandait, entrecoupant chaque click sur ma souris de nombreuses secondes. J’avais le temps de souffler alors, il faut dire que mon disque dur était presque vide.

Les temps ont bien changé, j’ai de multiples tâches désormais : rechercher des infos, tenir à jour son agenda, classer ses photos, établir la communication avec ses amis… Je suis le lien permanent entre elle et ses amis, entre elle et la connaissance. Tableau Excel, présentation PowerPoint, compression de fichiers, mail…voici les mots avec lesquels elle parle de moi désormais.

J’étais son confident mais depuis peu elle a créé son blog. Elle y parle de sa vie, y confie anonymement ce que j’étais jusqu’à présent le seul à savoir. Youpie me dit-elle…Untel m’a laissé un com. Chouette…je viens de passer le cap de mille visiteurs.

Nous avons connu de merveilleux moments ensemble, je l’ai entendu rire avec les blagues qu’elle recevait par mail, chanter les chansons qu’elle venait de télécharger, mais aussi pleuré parce que son petit ami l’avait plaqué sur MSN.

Depuis quelques temps j’ai peur, je sens qu’elle se détache de moi. Elle rouspète parce que mon processeur est trop lent, se plaint de mon taux de transfert. Si je ne réagis pas assez promptement elle suspecte un virus, je dois alors travailler à plein régime, inspecter chaque fichier l’un après l’autre. Elle défragmente mon disque dur, mon ventilateur ronronne bruyamment, je souffre sous l’effort.

J’ai peur disais –je car elle s’est mis en tête de me remplacer. Je suis trop vieux dit-elle, dépassé ». Le choix est vaste et je la sens désemparée, comparant les qualités de tel ou tel modèle mais hésitant sur le prix à payer.

Ouf …quelques jours de sursis encore.

Dis, tu ne vas pas me laisser hein petite maîtresse. Nous avons imprimé tellement de pages ensemble, accumulé tellement de données. Assieds toi et demande moi n’importe quoi je le trouverai. Interroge ma mémoire tu verras comme elle est encore vive.

Il fait noir ici…juste mon petit curseur qui clignote dans le bas de mon écran comme un appel…un SOS

 

17:49 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nouvelle, ordinateur |  Facebook |

07/12/2006

La promesse

Le dimanche matin est un moment privilégié pour moi. Seul jour de la semaine ou je peux faire la grasse matinée.

J’étais donc profondément endormie, lorsqu’un son parvint jusqu’à mon subconscient.

…a…omi…a …omi…a…omi

Au bout de quelques minutes cette litanie finit par atteindre son but…à savoir me sortir de ma torpeur.

Mmmmm aisse moi dormir…suis fatiguée lançai-je en retour.

…a …omi…a…omi….a…omi

La tête sous l’oreiller je ne percevais ce bruit que par bribes. Mais c’était plus qu’assez que pour m’empêcher de retomber dans les bras de Morphée.

J’essayai de ramener les cotés de mon oreiller vers mon visage afin d’étouffer ce bruit…mais le son me parvint encore comme si la personne avait haussé le ton.

Complètement réveillée à présent, je me retournai m’apprêtant à jeter mon coussin à la tête de mon mari.

Mais qu’avait-il donc à marmonner ainsi ???

Personne…la place à mes côtés était vide.

Je réalisai à cet instant que ce ne pouvait être lui le perturbateur puisqu’il n’était pas encore rentré.

Les idées claires à présent je me souvins qu’il était de garde cette nuit. Il m’avait laissé en début de soirée afin de rejoindre l’hôpital.

Un peu trop tôt encore donc pour qu’il ne soit déjà à la maison.

Je restai assise sur le lit, interloquée, lorsqu’une voix me parvint cette fois-ci beaucoup plus audible.

-         Tu avais promis Candice. Tu avais promis.

-          ???

Mes yeux parcoururent rapidement la pièce. Ne trouvant personne, dans un instant de panique je criai

-         Chéri… Tu es de retour ? C’est toi ???

-         Tu n’as donc pas compris Candice repris la voix. Il n’y a personne d’autre ici.. .que toi et moi.

Je déglutis avec peine…c’est qu’elle allait me foutre la trouille cette voix.

-         Bon ça suffit maintenant, ce n’est pas drôle hein. Si c’est toi Chéri, tu as intérêt à arrêter tout de suite cette plaisanterie si tu ne veux pas avoir ma mort sur la conscience.

Aucune réponse. Le silence fut à peine troublé par les bruits assourdis qui me parvenait de la rue.

Un peu plus ferme la voix continua.

-Il est temps maintenant Candice. Temps de tenir ta promesse.

-Mamama promesse bredouillai-je. Quelle promesse ???

-Allons, Tu n’as pas encore compris à qui tu avais affaire n’est-ce pas ?

-NON. Qui êtes vous ? Que voulez-vous ? Si c’est de l’argent que vous voulez, je n’ai rien ici et mon mari qui est agent de police doit rentrer d’un moment à l’autre. Vous feriez mieux de filer avant qu’il ne vous trouve ici répondis-je d’une voix plus assurée.

-Hahaha  haha haha. le rire fit écho à mes paroles.

Dans un angle de la chambre se dessinait une ombre. Une ombre que je n’avais pas vu jusque là. Je fixai mon attention sur ce coin de la pièce lorsqu’une lumière jaillit soudain.

Aveuglée, il me sembla toutefois apercevoir quelqu’un.

La voix reprit.

-Je t’ai observé Candice tu as changé. Durant de longues années j’ai pu lire la souffrance sur ton visage. Chaque mois l’espoir naissait mais quelques jours plus tard c’était à nouveau la désolation. Ton bonheur était presque parfait, il ne te manquait que…cette petite chose.

J’écoutais ce discours approuvant sans même m’en rendre compte les propos et j’acquiescai de la tête.

-         Un jour de profond désespoir, tu pleurais et c’est alors que tu m’as fait cette promesse. Candice te souviens-tu ? Sais tu maintenant qui te parles ?

J’avais compris bien sûr. Je n’avais pas osé interrompre la voix pour lui poser la question, mais les mots avaient fait leurs chemins dans ma tête. A part mon mari , personne n’était au courant de ceci.

Enfin personne…une seule autre personne avait été mise au courant. Une personne que j’avais prié maintes et maintes fois d’exaucer mon vœu le plus cher. Ce ne pouvait être que…LUI.

-         Tu as compris je vois me dit-il.

-         Vous êtes.. .Dieu

-         -Oui mon enfant. J’ai accédé à ta demande. Il est maintenant temps de tenir ta promesse.

-         Oui oui bien sûr. Je le ferai.

-         J’y compte bien. Si tu ne t’acquittes pas de ta tâche, je reviendrai exiger mon dû.

Dans un éclair la forme disparut.

Ces derniers mots me parvinrent.

– Ce qu’il ne faut pas faire de nos jours pour quelques…

Je ne pus entendre la fin de la phrase.

Je m’inquiétai tout à coup. Quelle heure était-il ?

Vite vite ! J’enfilai mon pardessus au-dessus de ma chemise de nuit.

Je descendis prestement les marches de l’escalier.

Arrivée sur le palier la porte s’ouvrit laissant apparaître mon mari.

-Eh bien que fais-tu debout à cette heure ???

Je pris à peine le temps de l’embrasser et m’éloignai en lui lançant.

-Je suis pressée. Je t’expliquerai. Je reviens dans 2 heures.

Dans la voiture qui me menait jusqu’à l’église, je souriais caressant d’une main mon petit ventre rond. Je pensais qu’il allait être difficile d’expliquer à mon mari que j’allais désormais me rendre chaque dimanche à la messe.

 

 

 

18:10 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : promesse, nouvelle, dieu |  Facebook |