21/12/2006

La complainte de l'ordi

Je dors… Enfin, je dirais plutôt que je suis en mode veille.

La nuit a été longue. Des pages et des pages à décrypter, des chiffres innombrables à additionner et toujours à la vitesse éclair de mes puissants mégahertz.

Ah, si seulement elle pouvait se rendre compte de mon intelligence. C’est qu’il en faut des gigabits pour assimiler toutes ces données. Mais elle trouve tout ceci normal.

Elle pianote furieusement sur mon clavier, souhaitant une réaction presque immédiate à sa demande. Il me faut pendant ce temps rechercher des données parmi des millions et des millions de fichiers mis en ligne sur le net.

Vite, plus vite me crie t’elle. Je suis pressée, je n’ai pas le temps. Ce qu’elle peut être impatiente ma petite maîtresse, car croyez le ou non malgré la super mémoire de ma carte mère c’est bien elle qui décide de tout.

Ca fait bientôt 5 ans que l’on se côtoie jour après jour. Nous nous sommes rencontrés dans un supermarché. Elle n’avait que 11 ans et était accompagnée de ses parents. Elle venait chercher son cadeau d’anniversaire…et regardait avec des yeux émerveillés tout ces ordinateurs parmi lesquels je me trouvais. Vous auriez vu l’admiration qu’elle me portait alors, le plaisir évident avec lequel elle me choisit. Plaisir partagé bien entendu, j’étais moi aussi tout jeune à l’époque, à peine sorti de l’usine, mes circuits imprimés n’attendaient qu’une pression sur ma touche on pour se mettre en action.

Arrivé à la maison, à peine déballé et branché nous nous mîmes au travail. J’appris en même temps qu’elle, bien que mon intelligence ne soit beaucoup plus développée que la sienne, je fus surpris de voir avec quelle aisance la petite se débrouillait, se perfectionnant de jour en jour. C’est avec seulement un doigt alors qu’elle me commandait, entrecoupant chaque click sur ma souris de nombreuses secondes. J’avais le temps de souffler alors, il faut dire que mon disque dur était presque vide.

Les temps ont bien changé, j’ai de multiples tâches désormais : rechercher des infos, tenir à jour son agenda, classer ses photos, établir la communication avec ses amis… Je suis le lien permanent entre elle et ses amis, entre elle et la connaissance. Tableau Excel, présentation PowerPoint, compression de fichiers, mail…voici les mots avec lesquels elle parle de moi désormais.

J’étais son confident mais depuis peu elle a créé son blog. Elle y parle de sa vie, y confie anonymement ce que j’étais jusqu’à présent le seul à savoir. Youpie me dit-elle…Untel m’a laissé un com. Chouette…je viens de passer le cap de mille visiteurs.

Nous avons connu de merveilleux moments ensemble, je l’ai entendu rire avec les blagues qu’elle recevait par mail, chanter les chansons qu’elle venait de télécharger, mais aussi pleuré parce que son petit ami l’avait plaqué sur MSN.

Depuis quelques temps j’ai peur, je sens qu’elle se détache de moi. Elle rouspète parce que mon processeur est trop lent, se plaint de mon taux de transfert. Si je ne réagis pas assez promptement elle suspecte un virus, je dois alors travailler à plein régime, inspecter chaque fichier l’un après l’autre. Elle défragmente mon disque dur, mon ventilateur ronronne bruyamment, je souffre sous l’effort.

J’ai peur disais –je car elle s’est mis en tête de me remplacer. Je suis trop vieux dit-elle, dépassé ». Le choix est vaste et je la sens désemparée, comparant les qualités de tel ou tel modèle mais hésitant sur le prix à payer.

Ouf …quelques jours de sursis encore.

Dis, tu ne vas pas me laisser hein petite maîtresse. Nous avons imprimé tellement de pages ensemble, accumulé tellement de données. Assieds toi et demande moi n’importe quoi je le trouverai. Interroge ma mémoire tu verras comme elle est encore vive.

Il fait noir ici…juste mon petit curseur qui clignote dans le bas de mon écran comme un appel…un SOS

 

17:49 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nouvelle, ordinateur |  Facebook |

07/12/2006

La promesse

Le dimanche matin est un moment privilégié pour moi. Seul jour de la semaine ou je peux faire la grasse matinée.

J’étais donc profondément endormie, lorsqu’un son parvint jusqu’à mon subconscient.

…a…omi…a …omi…a…omi

Au bout de quelques minutes cette litanie finit par atteindre son but…à savoir me sortir de ma torpeur.

Mmmmm aisse moi dormir…suis fatiguée lançai-je en retour.

…a …omi…a…omi….a…omi

La tête sous l’oreiller je ne percevais ce bruit que par bribes. Mais c’était plus qu’assez que pour m’empêcher de retomber dans les bras de Morphée.

J’essayai de ramener les cotés de mon oreiller vers mon visage afin d’étouffer ce bruit…mais le son me parvint encore comme si la personne avait haussé le ton.

Complètement réveillée à présent, je me retournai m’apprêtant à jeter mon coussin à la tête de mon mari.

Mais qu’avait-il donc à marmonner ainsi ???

Personne…la place à mes côtés était vide.

Je réalisai à cet instant que ce ne pouvait être lui le perturbateur puisqu’il n’était pas encore rentré.

Les idées claires à présent je me souvins qu’il était de garde cette nuit. Il m’avait laissé en début de soirée afin de rejoindre l’hôpital.

Un peu trop tôt encore donc pour qu’il ne soit déjà à la maison.

Je restai assise sur le lit, interloquée, lorsqu’une voix me parvint cette fois-ci beaucoup plus audible.

-         Tu avais promis Candice. Tu avais promis.

-          ???

Mes yeux parcoururent rapidement la pièce. Ne trouvant personne, dans un instant de panique je criai

-         Chéri… Tu es de retour ? C’est toi ???

-         Tu n’as donc pas compris Candice repris la voix. Il n’y a personne d’autre ici.. .que toi et moi.

Je déglutis avec peine…c’est qu’elle allait me foutre la trouille cette voix.

-         Bon ça suffit maintenant, ce n’est pas drôle hein. Si c’est toi Chéri, tu as intérêt à arrêter tout de suite cette plaisanterie si tu ne veux pas avoir ma mort sur la conscience.

Aucune réponse. Le silence fut à peine troublé par les bruits assourdis qui me parvenait de la rue.

Un peu plus ferme la voix continua.

-Il est temps maintenant Candice. Temps de tenir ta promesse.

-Mamama promesse bredouillai-je. Quelle promesse ???

-Allons, Tu n’as pas encore compris à qui tu avais affaire n’est-ce pas ?

-NON. Qui êtes vous ? Que voulez-vous ? Si c’est de l’argent que vous voulez, je n’ai rien ici et mon mari qui est agent de police doit rentrer d’un moment à l’autre. Vous feriez mieux de filer avant qu’il ne vous trouve ici répondis-je d’une voix plus assurée.

-Hahaha  haha haha. le rire fit écho à mes paroles.

Dans un angle de la chambre se dessinait une ombre. Une ombre que je n’avais pas vu jusque là. Je fixai mon attention sur ce coin de la pièce lorsqu’une lumière jaillit soudain.

Aveuglée, il me sembla toutefois apercevoir quelqu’un.

La voix reprit.

-Je t’ai observé Candice tu as changé. Durant de longues années j’ai pu lire la souffrance sur ton visage. Chaque mois l’espoir naissait mais quelques jours plus tard c’était à nouveau la désolation. Ton bonheur était presque parfait, il ne te manquait que…cette petite chose.

J’écoutais ce discours approuvant sans même m’en rendre compte les propos et j’acquiescai de la tête.

-         Un jour de profond désespoir, tu pleurais et c’est alors que tu m’as fait cette promesse. Candice te souviens-tu ? Sais tu maintenant qui te parles ?

J’avais compris bien sûr. Je n’avais pas osé interrompre la voix pour lui poser la question, mais les mots avaient fait leurs chemins dans ma tête. A part mon mari , personne n’était au courant de ceci.

Enfin personne…une seule autre personne avait été mise au courant. Une personne que j’avais prié maintes et maintes fois d’exaucer mon vœu le plus cher. Ce ne pouvait être que…LUI.

-         Tu as compris je vois me dit-il.

-         Vous êtes.. .Dieu

-         -Oui mon enfant. J’ai accédé à ta demande. Il est maintenant temps de tenir ta promesse.

-         Oui oui bien sûr. Je le ferai.

-         J’y compte bien. Si tu ne t’acquittes pas de ta tâche, je reviendrai exiger mon dû.

Dans un éclair la forme disparut.

Ces derniers mots me parvinrent.

– Ce qu’il ne faut pas faire de nos jours pour quelques…

Je ne pus entendre la fin de la phrase.

Je m’inquiétai tout à coup. Quelle heure était-il ?

Vite vite ! J’enfilai mon pardessus au-dessus de ma chemise de nuit.

Je descendis prestement les marches de l’escalier.

Arrivée sur le palier la porte s’ouvrit laissant apparaître mon mari.

-Eh bien que fais-tu debout à cette heure ???

Je pris à peine le temps de l’embrasser et m’éloignai en lui lançant.

-Je suis pressée. Je t’expliquerai. Je reviens dans 2 heures.

Dans la voiture qui me menait jusqu’à l’église, je souriais caressant d’une main mon petit ventre rond. Je pensais qu’il allait être difficile d’expliquer à mon mari que j’allais désormais me rendre chaque dimanche à la messe.

 

 

 

18:10 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : promesse, nouvelle, dieu |  Facebook |