12/10/2006

L'enfant roi

Devait-elle céder ???
Soit elle acceptait sa demande et elle mettait ainsi fin à ces cris épouvantables et à cette scène atroce qui durait depuis plus d’une heure, soit elle tenait bon jusqu’à…

Jusqu’à quand tiendrait-elle ? Elle ne le savait pas.
Non que la conviction profonde qu’elle avait de ce qu’elle faisait ou plutôt lui refusait ne soit ébranlée.

Non, elle croyait en son propre jugement, c’était elle qui avait raison.
Elle faisait cela pour lui, pour son bien.

Depuis plus d’une heure maintenant elle subissait ses cris.

Il n’avait cessé de réclamer  « la chose », passant de la simple demande, à la supplication, des larmes aux cris.

Elle était épuisée.

Elle aurait donné cher pour pouvoir lui crier à son tour aux oreilles, pour lui envoyer sa main en pleine figure.
Un bref instant mise hors d’elle par ces hurlements, elle s’était imaginée « elle », entourant de ses mains son cou, l’agrippant aux épaules, le secouant énergiquement tandis que sa tête à lui valdinguait dans tout les sens.

Elle hurlerait alors : - Mais tu vas te taire, dis tu vas te taire !
Bien sûr cette scène n’avait fait que lui traverser l’esprit, bien sûr il n’était pas question de s’emporter.

Elle avait su rester zen et ne disait mot. Pas le moindre de ses muscles ne tressautait, elle semblait figée comme un bloc de marbre ou de glace.
Pourtant elle bouillonnait de cette rage intérieure qu’elle contenait péniblement. mais « l’extérieur », ne reflétait lui qu’un calme olympien.

D’ailleurs si cette scène avait réellement eu lieu, si elle-même s’était laissée aller, dieu seul sait ce qui aurait pu la stopper.

Dans un accès de folie, elle aurait pu le blesser voire même en finir tout à fait avec lui.
Faire pleuvoir les coups sur son corps, le serrer à la gorge jusqu’à ce qu’il arrête de crier…jusqu’à ce que le silence seul emplisse la pièce, troublé seulement par sa propre respiration haletante.

L’enfant lui n’en avait cure. C’est qu’il était têtu le gosse.
Il n’en démordait pas. Il voulait « cela » et avait mis en marche toutes les possibilités qui s’offrait à lui d’obtenir gain de cause.

Il était assis dans son fauteuil en mousse, martelant de ses pieds le sol frénétiquement.
La colère et les pleurs avaient imprégné son teint qui était rouge vif.

Ses minuscules poings s’ouvraient et se refermaient tandis qu’il la fixait du regard en criant.

Revenant sans cesse à la charge, il exigeait, tempêtait, rugissait comme un être possédé. .

En d’autre temps, cela aurait pu être risible, de voir ce petit bout qui savait à peine parler, prendre cet air buté et ressassant sans cesse : - Ze veux Coca. Ze veuheuheu Coca.

Mais elle n’avait pas la tête à rire. Non ce n’était plus l’heure.
De son côté aussi elle avait employé plus d’une manière d’arriver à ses fins.

Elle ne se voyait pas offrir à cet enfant ce qu’il désirait.

Ce n’était pas grand chose d’accord mais c’était contre ses principes, lorsque l’on avait soif on buvait de l’eau. Les limonades pouvaient être bues mais occasionnellement et certainement pas par un si jeune enfant.

Elle avait donc tenté de lui apporter un verre d’eau qu’il avait repoussé lorsqu’il s’était aperçu que le goût n’était pas celui auquel il s’attendait.

Elle avait tenté de lui expliquer en mots simples que : - le coca c’était pas bon ; qu’il allait avoir mal au ventre, que c’était mauvais pour lui et qu’il allait avoir des dents toutes noires.

Elle avait même haussé le ton pour se faire entendre, mais à ce jeu là c’était lui le plus fort.
Elle céda tout à coup…

Sans un mot, elle s’était dirigée vers la cuisine et lui avait servi dans son gobelet en plastique la boisson demandée.

Il fallut à l’enfant quelques minutes encore, avant de s’apercevoir qu’elle se tenait devant lui…avec son Coca.
Les cris cessèrent instantanément. A la place, elle eut droit à des susurrements, des bruits de langue, lui rappelant étrangement le son de l’animal s’abreuvant après une longue course.

Sa soif étanchée l’enfant se dirigea vers l’aire de jeu. Il agrippa une voiture et articula : - Vroum vroum, tout en la poussant de la main.

Elle pouvait souffler à présent, le calme était revenu.
Elle avait passé un gant de toilette mouillé sur son petit visage, mouché son nez plein de morve.

Ensuite, elle était revenue à ses occupations précédentes. Tandis qu’elle repassait les chemises, et que de son fer brûlant s’échappait de puissants jets de vapeurs, elle surveillait d’un œil mauvais le mioche qui gisait maintenant recroquevillé sur le tapis, tel un innocent. Aspirant de temps en temps son pouce, ses petits yeux clignaient. Il s’endormit quelques instants plus tard.

Peu après 18 h, elle entendit la voiture se garer dans l’allée. Elle alla ouvrir la porte. Madame était rentrée.

-       Tout va bien Cindy ?
-       Oui oui Madame, pas de problème.

-        Le petit a t’il été sage ?

-        Oh ! Oui Madame…comme un ange.

 

 

18:24 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : nounou, colere, coca |  Facebook |

06/10/2006

Une femme de poids

Pour elle c’était la mauvaise saison qui s’annonçait. Avec les beaux jours, les tenues se raccourcissaient, le regard des hommes jusqu’alors éteint se faisait scrutateur. Ce qu’elle pouvait cacher aux yeux des autres pendant les longs mois d’hiver sous des vêtements informes et de longs manteaux et qui passait alors inaperçus, se révélait à présent comme une tâche sur le paysage et n’en attirait que plus l’attention. 50 kilos de trop voilà ce qu’ils apercevaient en la regardant et détournant les yeux.

 

Plus que l’absence d’intérêt, c’est ces moments là qui lui faisait le plus mal lorsque par inadvertance elle surprenait leurs regards qui tombaient sur elle et que prestement ils tournaient la tête faisant mine de ne pas l’avoir vue.

 

Elle avait bien essayé de maigrir. Ces dernières années elle avait du essayer tous les régimes miracles, avalés des milliers de pilules sensées faire fondre ces amas de graisse mais rien n’y faisait. Les tisanes et  milk-shakes avaient constitué pendant des mois son unique alimentation mais le résultat était lui à l’inverse de ce que lui annonçait journellement sa balance, bien maigre.

L’an dernier, elle s’était décidée à consulter un médecin qui après l’avoir suivie durant de longs mois avait du s’avouer vaincu. Son alimentation était désormais équilibrée, des examens avaient été faits, il l’avait même envoyée voir un chirurgien. Mais ce dernier recours lui faisait peur. Passer sur la table d’opération c’était sans doute le moyen le plus facile de changer de silhouette en comparaison de ces tortures intestinales qu’elle s’infligeait depuis des années, mais elle n’arrivait pas à se raisonner. Elle avait une peur panique des hôpitaux.

 

Elle avait pris pour habitude de faire du jogging 3 fois par semaine. Elle se levait vers 5 h du matin et faisait durant 1 h le tour du parc proche de son domicile. Cela lui convenait parfaitement, elle ne rencontrait que très rarement quelqu’un. Les gens dormaient encore à cette heure. Au début, c’était plutôt de la marche mais avec le temps son pas s’était accéléré, elle trottait désormais, essayant de rythmer sa respiration sur le pas de sa course.

 

Jusqu’à présent, elle n’avait d’autre occupation que son problème de poids et son travail. Elle travaillait comme secrétaire dans une agence d’intérim. Elle recevait les appels téléphoniques et notait les rendez-vous pour des clients pour qui engager du personnel à temps plein aurait été une charge financière trop conséquente. De plus en plus d’indépendant faisait appel de ses services et ses journées étaient bien remplies.

 

Elle était célibataire. Il y avait bien eu quelques fois, des clients séduits par le timbre de sa voix, qui s’était laissé aller à flirter avec elle au téléphone, mais elle avait bien vite remis l’intéressé à sa place. Surtout depuis le fâcheux événement.

 

Le dernier courtisan, ayant eu la délicate attention de se rendre à l’agence avec un bouquet de fleur, était entré dans son bureau la regardant à peine en demandant si Mademoiselle Duvivier était présente aujourd’hui, et lorsqu’elle lui avait dit que Mademoiselle Duvivier c’était elle … elle avait vu son visage se décomposer. Il avait alors bredouillé une sombre excuse disant qu’il était pressé et reviendrait plus tard tout en lui abandonnant les fleurs…elle ne l’avait plus jamais revu.

 

Cette histoire la faisait sourire aujourd’hui puisqu’elle n’était plus seule. Il y avait quelqu’un dans sa vie.

 

Elle avait fait sa connaissance quelques mois plus tôt…le coup de foudre avait été immédiat. Elle n’avait pas hésité longtemps, il avait emménagé chez elle au plus vite. Les journées lui paraissaient bien longues loin de lui. C’est presque en courrant qu’elle rentrait chez elle. Elle savait qu’il serait là assis sur le fauteuil, guettant le bruit des clefs dans la serrure pour accourir vers elle. Ces 2 là s’aimaient comme des fous, c’était évident. Il ne lui disait pas « Je t’aime » mais ces mots là étaient présents dans sa façon de la regarder. Il était tellement beau et dans ses yeux à lui, elle était la plus belle.

 

Grâce à lui, elle commençait à perdre du poids. Son médecin était perplexe supposant que l’amour et la confiance en soi retrouvée de sa patiente y était pour beaucoup. Son amour l’accompagnait maintenant dans son jogging matinal, la faisant se surpasser en la devançant dans sa course.

Déjà un an qu’ils s’aiment, lui n’a pas changé mais elle oui. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, mais du poids en moins sur la balance.

 

Et puis, il y a peu, elle a rencontré une autre personne. Oh ! Ce n’était pas prévu. Elle a été la première surprise. Il travaillait avec elle à l’agence et ce qui était juste de l’amitié s’est transformé au fil du temps en un sentiment plus tendre. Elle est un peu inquiète, elle ne sait comment lui annoncer qu’il y a quelqu’un d’autre. Elle s’est décidée ce soir, il y a confrontation, il faudra bien qu’ils s’acceptent.

Elle espère qu’ils ne seront pas jaloux l’un de l’autre. Elle, elle le sait, elle pourra les aimer tous les deux.

 

Ding Dong. On vient de sonner à la porte.

 

Allez viens mon chien, j’ai quelqu’un à te présenter.

 

18:22 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire |  Facebook |