06/10/2006

Une femme de poids

Pour elle c’était la mauvaise saison qui s’annonçait. Avec les beaux jours, les tenues se raccourcissaient, le regard des hommes jusqu’alors éteint se faisait scrutateur. Ce qu’elle pouvait cacher aux yeux des autres pendant les longs mois d’hiver sous des vêtements informes et de longs manteaux et qui passait alors inaperçus, se révélait à présent comme une tâche sur le paysage et n’en attirait que plus l’attention. 50 kilos de trop voilà ce qu’ils apercevaient en la regardant et détournant les yeux.

 

Plus que l’absence d’intérêt, c’est ces moments là qui lui faisait le plus mal lorsque par inadvertance elle surprenait leurs regards qui tombaient sur elle et que prestement ils tournaient la tête faisant mine de ne pas l’avoir vue.

 

Elle avait bien essayé de maigrir. Ces dernières années elle avait du essayer tous les régimes miracles, avalés des milliers de pilules sensées faire fondre ces amas de graisse mais rien n’y faisait. Les tisanes et  milk-shakes avaient constitué pendant des mois son unique alimentation mais le résultat était lui à l’inverse de ce que lui annonçait journellement sa balance, bien maigre.

L’an dernier, elle s’était décidée à consulter un médecin qui après l’avoir suivie durant de longs mois avait du s’avouer vaincu. Son alimentation était désormais équilibrée, des examens avaient été faits, il l’avait même envoyée voir un chirurgien. Mais ce dernier recours lui faisait peur. Passer sur la table d’opération c’était sans doute le moyen le plus facile de changer de silhouette en comparaison de ces tortures intestinales qu’elle s’infligeait depuis des années, mais elle n’arrivait pas à se raisonner. Elle avait une peur panique des hôpitaux.

 

Elle avait pris pour habitude de faire du jogging 3 fois par semaine. Elle se levait vers 5 h du matin et faisait durant 1 h le tour du parc proche de son domicile. Cela lui convenait parfaitement, elle ne rencontrait que très rarement quelqu’un. Les gens dormaient encore à cette heure. Au début, c’était plutôt de la marche mais avec le temps son pas s’était accéléré, elle trottait désormais, essayant de rythmer sa respiration sur le pas de sa course.

 

Jusqu’à présent, elle n’avait d’autre occupation que son problème de poids et son travail. Elle travaillait comme secrétaire dans une agence d’intérim. Elle recevait les appels téléphoniques et notait les rendez-vous pour des clients pour qui engager du personnel à temps plein aurait été une charge financière trop conséquente. De plus en plus d’indépendant faisait appel de ses services et ses journées étaient bien remplies.

 

Elle était célibataire. Il y avait bien eu quelques fois, des clients séduits par le timbre de sa voix, qui s’était laissé aller à flirter avec elle au téléphone, mais elle avait bien vite remis l’intéressé à sa place. Surtout depuis le fâcheux événement.

 

Le dernier courtisan, ayant eu la délicate attention de se rendre à l’agence avec un bouquet de fleur, était entré dans son bureau la regardant à peine en demandant si Mademoiselle Duvivier était présente aujourd’hui, et lorsqu’elle lui avait dit que Mademoiselle Duvivier c’était elle … elle avait vu son visage se décomposer. Il avait alors bredouillé une sombre excuse disant qu’il était pressé et reviendrait plus tard tout en lui abandonnant les fleurs…elle ne l’avait plus jamais revu.

 

Cette histoire la faisait sourire aujourd’hui puisqu’elle n’était plus seule. Il y avait quelqu’un dans sa vie.

 

Elle avait fait sa connaissance quelques mois plus tôt…le coup de foudre avait été immédiat. Elle n’avait pas hésité longtemps, il avait emménagé chez elle au plus vite. Les journées lui paraissaient bien longues loin de lui. C’est presque en courrant qu’elle rentrait chez elle. Elle savait qu’il serait là assis sur le fauteuil, guettant le bruit des clefs dans la serrure pour accourir vers elle. Ces 2 là s’aimaient comme des fous, c’était évident. Il ne lui disait pas « Je t’aime » mais ces mots là étaient présents dans sa façon de la regarder. Il était tellement beau et dans ses yeux à lui, elle était la plus belle.

 

Grâce à lui, elle commençait à perdre du poids. Son médecin était perplexe supposant que l’amour et la confiance en soi retrouvée de sa patiente y était pour beaucoup. Son amour l’accompagnait maintenant dans son jogging matinal, la faisant se surpasser en la devançant dans sa course.

Déjà un an qu’ils s’aiment, lui n’a pas changé mais elle oui. Ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, mais du poids en moins sur la balance.

 

Et puis, il y a peu, elle a rencontré une autre personne. Oh ! Ce n’était pas prévu. Elle a été la première surprise. Il travaillait avec elle à l’agence et ce qui était juste de l’amitié s’est transformé au fil du temps en un sentiment plus tendre. Elle est un peu inquiète, elle ne sait comment lui annoncer qu’il y a quelqu’un d’autre. Elle s’est décidée ce soir, il y a confrontation, il faudra bien qu’ils s’acceptent.

Elle espère qu’ils ne seront pas jaloux l’un de l’autre. Elle, elle le sait, elle pourra les aimer tous les deux.

 

Ding Dong. On vient de sonner à la porte.

 

Allez viens mon chien, j’ai quelqu’un à te présenter.

 

18:22 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire |  Facebook |

Commentaires

Ouais... J'ai déjà entendu ce genre d'argument quelque part.
Pour une femme, 1,59 m ? Cela peut encore passer.
je ne fait que 1,66 m, n'ai pas de complexe et adore danser avec des femmes de 1,85 m (l'autre extrême). Devine pourquoi ! Et en position horizontale, un peu d'alpinisme entretient la forme...
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 07/10/2006

. Belle histoire
A prendre comme un message d'espoir aussi...

Écrit par : BRIGITTE | 17/10/2006

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