27/03/2006

La mariée était trop belle

Des mois que la famille attendait l’évènement.

Tout avait été minutieusement préparé jusque dans les moindres détails.

La future belle-famille n’était pas sans le sou, l’homme avait du batailler ferme pour imposer son choix.

C’est que chez les « Vermeire », on n’avait pas pour habitude d’épouser n’importe qui et la demoiselle n’avait pas le moindre petit titre de noblesse.

Pire, elle était la fille d’un couple d’ouvriers, le père mécanicien la mère faisant des ménages, donc sans le sou.

Ils reconnaissaient néanmoins qu’arriver à faire des études dans une telle famille avait été un exploit que la jeune femme avait réussi avec brio (elle venait d’être engagée comme avocate dans un grand cabinet).

Ce que ses parents lui avaient au moins apporté en cadeau c’était son physique, de ce côté-là on pouvait dire que le panier était bien garni.

Et pourtant bien au contraire sa beauté n’avait pas joué un grand rôle dans l’acceptation de sa future belle-famille.

A cet âge (elle n’avait pourtant que 28 ans), une femme d’une telle beauté ne pouvait être encore célibataire, il y avait sûrement une entourloupe, un vice caché dont ils n’avaient jusqu’à présent pas soupçonné l’existence.

La mère avait même engagé un détective privé qui avait pendant plusieurs mois suivi la belle, fouillant son passé, retournant jusqu’aux années ou elle se trouvait encore sur les bancs de l’école primaire, mais rien n’avait été trouvé.

C’est donc dépités et après avoir subi pendant de longs mois les supplications du fils qu’ils s’étaient décidés à accepter le mariage.

Après tout il n’était plus tout jeune non plus le fils et s’il voulait que leur nom de famille perdure après eux, il fallait qu’il fonde une famille au plus tôt.

A 52 ans, les années commencent à compter. Bien sûr chez un homme cela avait moins d’importance mais tout de même.

Les préparatifs commencèrent donc avec la sélection des mets que l’on servirait à table ce jour.

La tâche la moins ardue ne fut sans doute pas la sélection des invités à cet heureux évènement, le carnet d’adresse de Mr le comte et Madame la comtesse était effectivement bien rempli.

Il fallut faire un choix et Madame Vermeire décida que 700 invités était un chiffre raisonnable, ni trop ni trop peu.

De son côté la future épouse n’avait pour famille que ses parents venus de leur Hongrie natale s’installer en Belgique pour y trouver du travail il y a déjà 30 ans.

Ceci arrangeait bien les Vermeire qui malgré leur fortune, était fort près de leurs sous.

Ils voulaient bien dépenser pour leur fils mais étant donné que la demoiselle n’amenait rien au mariage hormis sa personne, ils ne voyaient pas pourquoi ils dépenseraient leur argent en invitant somme toute des inconnus, des gens qui pourraient bien leur gâcher la fête et dont ils soupçonnaient d’avance le manque de manière.

 

Et voilà que le grand jour était enfin arrivé. Que de monde il y avait au château ! Dans les sentiers et champs avoisinants on ne trouvait plus place pour se garer. Les villageois se tenaient à distance mais n’auraient pour rien au monde manquer le spectacle de tout ce beau monde dans leurs tenues de cérémonies.

La petite chapelle jouxtant le château accueillait ce jour là de nombreux fidèles qui pour la plupart d’entre eux n’y avait jamais mis les pieds.

On pouvait y admirer les splendides vitraux qui racontaient l’histoire du village. L’illustre ancêtre du futur époux était présent sur presque chaque représentation.

Quel bel homme que ce Benoît Vermeire se disaient les dames qui ne pouvaient alors pas s’empêcher de penser que son descendant avait lui bien moins fière allure.

 

Il faut dire qu’il faisait bien chaud en ce matin d’août. La température dans la chapelle était beaucoup plus fraîche qu’au dehors mais le marié avait du attendre des heures durant sur le porche en plein soleil pour accueillir ses invités. On pouvait le voir à présent suer de grosses gouttes sur son beau costume. Il trépignait sur place dansant d’un pied sur l’autre, frottant ses mains moites sur son pantalon. Sa mère lui jetait bien de temps à autre un regard assassin, semblant lui dire : - Tiens-toi bien, redresse toi voyons, fais honneur à ton rang. Mais le pauvre homme n’y prenait garde.

 

Son regard était rivé vers les lourdes portes menant vers le soleil et la lumière.

A mesure que le temps passait, on le voyait s’affaisser de plus en plus sur lui-même, son teint qui était au départ dans les tons rouge vif virait maintenant vers une couleur beaucoup plus pâle.

 

C’est vrai qu’elle se faisait attendre la belle, on ne l’avait pas encore aperçue depuis le matin. Tous voulaient voir celle qui allait devenir Mme Vermeire et par la même occasion vu l’âge avancé des parents régner bientôt sur le domaine.

 

Ah ! Enfin ! l’hymne retentit dans l’église, les portes de chêne s’ouvrent. Tous les visages sont à présent tournés vers l’entrée. Un instant aveuglés par la lumière, on n’aperçoit qu’un ange, un ange dans une longue robe blanche.

-Oh ! Certains ne peuvent s’empêcher de pousser une exclamation tant elle est belle notre mariée dans sa si jolie robe. Mme Vermeire se rengorge, toute fière soudain que ce soit son fils qui ait mis la main sur ce joyau.

 

Accompagnée de son père, elle s’avance jusqu’à l’autel, majestueuse, semant derrière elle le trouble et l’envie. La cérémonie commence enfin. Tout se déroule selon les rites d’usage, les vœux sont échangés et le prêtre bénit l’union. Le couple descend ensemble les nombreuses marches sous les acclamations de la foule.

 

Et soudain catastrophe le marié trébuche, la tête la première il culbute et s’écroule lourdement plusieurs mètres plus bas sur le sol. La mère à quelques pas de là marmonne entre ses dents : - L’imbécile il va nous gâcher la fête.

 

Là voilà songeuse… Une chance pour elle, le marié était souffrant. De nombreuses personnes avaient pu l’attester. C’était un malaise qui avait eu des conséquences tragiques.

 

Elle se revoit quelques jours plus tôt, presque au même endroit. Elle ne sait ce qu’il lui a pris soudain en descendant les marches de tendre le pied. Heureusement personne n’a surpris son geste, leurs regards à tous étaient portés bien plus haut. Elle pense : - Merci papa, merci maman de m’avoir donné si belle figure…………………La mariée fut belle dit-on mais la veuve le fut encore plus.

 

 

07:49 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Un petit coucou Miss Bisous

Écrit par : Charles | 27/03/2006

Belle histoire, tout à fait amorale. J'adore ;-)

Écrit par : Emma | 02/02/2007

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