20/03/2006

Le chien

La pauvre bête se tenait là sur le bord de la route, on aurait presque dit qu’elle attendait son passage. Assise bien sagement et se tenant bien droite, elle ne bougeait pas. La femme l’avait vue en arrivant à bord de son 4x4 et ce n’est qu’en dépassant l’animal lorsqu’elle vit son image dans son rétroviseur qu’elle sut qu’elle ne pourrait pas continuer plus loin sa route, qu’elle devrait rebrousser chemin. Elle avait donc fait demi-tour, se maudissant en elle-même pour cela. Sachant d’avance les conséquences que cette manœuvre aurait sur sa vie,  imaginant déjà sans peine la réaction de son mari le soir venu qui découvrirait l’intrus.

 

Oh ! Il la traiterait encore d’impulsive, lui demanderait si elle comptait héberger chez elle tous les animaux errants de la région et chercherait à lui faire renoncer à l’idée d’adopter le nouveau venu.

— Bah on verrait bien, se dit-elle !

 

Elle claqua la portière et découvrit le molosse à quelques mètres devant elle. Il avait un aspect pitoyable : son poil en bataille formait par endroits de gros nœuds dans lesquels quelques branchages étaient entremêlés. Le tout semblait presque totalement recouvert de poussières.

Il paraissait si gentil, la tête légèrement penchée sur le côté, il la regardait.

Elle se maintenait à distance, bien que ne connaissant pas le nom de race des chiens, elle imaginait bien que celui-ci pouvait se révéler dangereux. C’est avec précaution donc qu’elle avança pas à pas vers la bête. Le chien lui ne bougeait pas et lorsqu’elle fut plus proche, il battit de la queue et gémit tel un chiot inoffensif.

Elle approcha la main et il lui asséna alors de grand coup de langue râpeuse. Elle s’était agenouillée pour le voir d’un peu plus près et se trouvait maintenant à sa hauteur. Dans un accès de joie, il avait jeté en avant ses pattes contre elle, elle était tombée à la renverse dans l’herbe, la bête la dominant de toute sa taille. Elle avait pu mesurer sa force, mais sans aucune animosité l’animal tentait à présent de lui lécher le visage. Elle se releva tout en passant une main dans sa fourrure, le caressant et le flattant. Il semblait apprécié et nullement effrayé par l’inconnue.

- Viens lui dit-elle. Elle ouvrit alors la porte arrière de son véhicule et posa sa main sur le plancher comme pour lui intimer l’ordre de monter. Il comprit d’instinct et dans un mouvement souple sauta rapidement à l’intérieur.

Sur le chemin du retour, elle jetait de temps en temps un rapide coup d’œil vers l’arrière mais son regard tombait à chaque fois sur l’animal sagement installé. La tête posée entre les pattes il dormait. C’est donc rassurée qu’elle arriva à destination.

Il se tenait à présent avec elle dans l’entrée. Elle ne put s’empêcher de sourire se disant que si son cher et tendre apercevait alors le chien, nul doute qu’il lui ferait sans délai sortir cette idée saugrenue de la tête, d’adopter ce cabot. Entre l’aspect soigné de son intérieur qu’elle avait voulu dans des tons sobres tels l’écru et le sable et ce chien sale et dégoûtant, il n’hésiterait pas une seule seconde.

- Je crois que tu as besoin d’un bon bain dit-elle en regardant la boule de poils qu’elle emmena avec elle dans la salle de bain.

Tandis que l’eau du bain coulait, elle partit se servir un verre. C’est machinalement qu’elle alluma le téléviseur et retourna fermer les robinets d’eaux. L’animal l’attendait sans bouger, les pattes boueuses posées sur le tapis de bain.

Avant de forcer celui-ci à monter dans la cuve, elle l’inspecta à la recherche d’un tatouage ou d’un autre signe pouvant permettre d’identifier un éventuel propriétaire. Rien de cela, à part la boue et la poussière dont il était presque entièrement recouvert, il ne portait rien sur lui. Il y avait aussi ses taches de sang qui ornaient son poitrail et qu’elle avait tout d’abord pris pour de la boue séchée. La pauvre bête avait probablement du se blesser en bataillant avec un de ces congénères pour un quelconque morceau de viande trouvé dans une poubelle.

Il avait maintenant les quatre pattes baignant dans l’eau. Avec un vieux gant de toilette elle frottait son pelage et ce traitement ne s’avérait pas pour lui déplaire. Tandis qu’elle continuait de le décrasser, la femme cherchait dans sa tête le nom qu’elle pouvait lui donner. Elle se souvint d’un livre que sa grand-mère lui lisait lorsqu’elle était petite, on y parlait d’un gentil petit chien.

- Gribouille s’écria t’elle, tu t’appelleras Gribouille.

- Voilà dit-elle, te voilà tout propre maintenant.

Sortant du bain il s’ébroua, elle entreprit alors de sécher Gribouille avec un essuie. Ce dernier se roulait par terre, frottant son dos contre le carrelage.

-Tu es encore bien trempé, je vais te sécher un peu mieux.

Tournant le dos au nouveau membre de sa famille, elle brancha le sèche-cheveux dans la prise.

Ce bruit, ce bruit assourdissant fusa dans les oreilles de Gribouille. Il n’entendait plus rien d’autre désormais, le son lui parvenait amplifié. Un vrombissement insupportable pour lui. Il gémit sous la douleur, suppliant la femme pour que cela s’arrête. Celle-ci pivota alors sur elle-même tenant dans sa main le sèche-cheveux.

En levant la tête, le chien vit l’arme dans les mains de la femme. Il souffrait et voilà qu’elle se dressait devant lui menaçante. Il ne savait pas ce qu’était cette chose dans ces mains, mais il se rappelait bien que l’homme l’avait frappé avec un objet similaire et que la douleur avait été très forte. Un grondement sourd s’échappait maintenant de sa gorge, ses babines retroussées laissaient découvrir des crocs puissants et acérés.

Dans le living la télévision fonctionnait seule, le présentateur du journal télévisé annonçait un flash spécial. On avait retrouvé 2 personnes mortes ce matin à leur domicile. Les corps étaient couverts de morsures, une partie des corps manquait, aucun animal n’était présent sur les lieux. La police avait interrogé les voisins qui signalaient qu’à leur connaissance le couple n’avait pas d’animal de compagnie. L’inspecteur conseillait donc aux personnes de se méfier d’une éventuelle rencontre avec un chien errant.

Dans la salle de bain, rien de ceci ne fut entendu, pour la jeune femme c’était déjà trop tard.

 

 

08:03 Écrit par Miss2red | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chien errant |  Facebook |

Commentaires

J'aime bien mais... la fin tombe à plat. Dommage.
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 21/03/2006

mais non on n'est pas comme çà nous les chiens d'ailleurs il y ..en avait un de perdu début de semaine ds la rue comme il arrêtait pas d'aboyer ...on en a fait autant..... moralité toute une rue de levée à 7 heures du mat et l'histoire finie bien le prorpiétaire vient au club ..donc retour maison .... merci pour vos passages sur notre blog on doit dire que le votre n'est pas mal non plus voilà quelques petites histoires que nous lisons et on aime ......

Écrit par : Buck joe charly | 31/05/2006

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